réflexions

La polémique n’est pas nouvelle, loin s’en faut. Plusieurs études publiées ces dernières années tirent la sonnette d’alarme sur les substances contenues dans les déodorants de la grande industrie cosmétique, tout particulièrement les sels d’aluminium et leurs dérivés. Sans cesse surveillés par les instances sanitaires européennes, les sels d’aluminium et leurs dérivés restent autorisés dans les produits déodorants, à condition de ne pas dépasser une certaine concentration. La polémique est cyclique, les études se succèdent mais les instances sanitaires et les professionnels de santé ont l’air de dire qu’elles ne sont pas assez poussées et sérieuses. Oui, mais voilà ! Une nouvelle étude publiée dans une revue tout ce qu’il y a de sérieux remet le sujet sur le tapis et les conclusions ne sont pas très heureuses. Ce sujet me tourne dans la tête depuis que j’ai parcouru l’étude et j’ai décidé d’ouvrir le débat sur le blog.

Clarifions tout de suite un point : je n’ai pas l’intention de paniquer, de culpabiliser et de moraliser qui que ce soit. La beauté et la cosmétique sont du registre du personnel, on fait avec ses moyens, ses envies, ses croyances et ses besoins. Je ne vais donc pas vous dire que vous avez tout faux de continuer à utiliser des déo anti transpirants du commerce (déjà, parce que j’en ai utilisé aussi, dans ma vie), je veux simplement vous donner de l’information, ma position et qu’on y réfléchisse ensemble

1. Que dit cette étude pour commencer ?

L’étude a été publiée en septembre 2016 dans la revue scientifique « International Journal of Cancer ». C’est une publication considérée sérieuse dans le milieu médical, et même si toutes les études restent  à prendre avec précaution, c’est quand même du matériel relativement fiable (en tout cas, bien plus que de précédentes études, dont les média parlaient beaucoup mais sans qu’on puisse bien remonter à la source). Bon, fouiner sur le net, il se trouve que c’est un peu mon métier, voici l’étude en question (en libre accès encore ce jour et j’espère qu’elle le restera) : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/ijc.30393/full.

De cette manière, vous pourrez la consulter, la montrer à d’autres, pourquoi pas à un médecin.

Vous allez vite vous rendre compte qu’on est dans du jargon médical brut, je vais essayer de décrypter, basé sur ce que j’ai pu en lire dans des articles de vulgarisation scientifique. Déjà, le but de l’étude était d’étudier l’effet de l’ « Aluminium chloride » ou  chlorure d’aluminium sur la glande mammaire de souris et voir de quelle manière la substance peut être reliée au développement de cellules cancéreuses, comprendre…le cancer du sein.

Pour rappel, le chlorure d’aluminium fait partie des substances utilisées pour produire ces fameux sels d’aluminium qu’on trouve dans les déodorants anti transpirants du commerce (et tout ce qui promet en général une tenue 48,72,96 heures).

Ce sont deux scientifiques suisses qui sont à l’origine de l’étude, les mêmes qui avaient déjà produit un essai, jugé peu fiable, sur le danger de l’aluminium en 2012. Qu’ont-ils fait ? Pour faire cette nouvelle étude, ils ont mis en contact des cellules mammaires de souris avec des sels d’aluminium in vitro, avant d’injecter ces cellules transformées à des souris saines. Après un certain temps, tous les cobayes ont développé des tumeurs, plus ou moins importantes et parfois très agressives selon les conclusions de l’étude. Sans être dramatiquement alarmistes, les deux scientifiques se disent préoccupés par ces conclusions, continuent de penser que l’aluminium n’est pas neutre et incitent dès à présent à la prudence.

2. Et si on challengeait l’étude ?

Avant de se mettre à paniquer tout de suite et de jeter tous ses déos, on va prendre le temps d’analyser, de soupeser et de challenger cette étude.

  • L’étude a été menée sur des souris : effectivement, les tests n’ont pas été menés sur des humains, mais sur des animaux qui ont un métabolisme assez éloigné du nôtre. J’ajouterais quand même à ce bon contre-argument qu’un très grand nombre de médicaments sont d’abord testés sur des souris de labo avant d’être testés lors d’études cliniques faites sur des humains…ce n’est donc pas une incompatibilité en soi, c’est juste la première maille du chaînon de test. Je suis d’accord que l’être humain est plus complexe que la souris, et qu’un test en laboratoire n’est pas la vie réelle, il faut donc pousser l’étude plus loin.
  • L’étude met en contact des glandes mammaires directement avec une quantité importante de chlorure d’aluminium : c’est aussi vrai, pour les besoins du test, les quantités sont souvent bien supérieures aux concentrations que l’on peut rencontrer, nous. Le but des études est de créer un processus d’accélération avec de plus grosses quantités pour voir les effets plus vite. Il y a fort à parier qu’on ne verra jamais autant d’aluminium que ces souris, en tout cas, il faut l’espérer.
  • La substance testée n’est pas exactement la même que celle qu’on trouve dans nos produits : la substance testée dans l’étude est l’un des ingrédients qui entrent dans la composition d’une partie des produits déodorants, sa forme transformée pourrait en effet limiter les effets constatés sur les souris. De la même façon, il faudrait aussi voir en combien de temps la mutation des cellules se passe.

3. Alors, que penser de tout ça ? Qu’est-ce que j’en pense moi-même ?

Tout d’abord, je veux vous mettre en garde contre un argument que j’ai lu récemment. Un internaute écrivait que si ces substances étaient vraiment si dangereuses, on ne les utiliserait pas. Aie, pas sûre que ça soit toujours vrai. Pensez juste à l’amiante et souvenez-vous qu’on l’utilisait très sereinement avant de voir qu’à moyens termes, cela ne se passait pas bien…L’erreur est bien humaine !

Ce que je crois, c’est que cette nouvelle étude nous incite à nouveau à la prudence et à la précaution et à considérer définitivement cette substance comme non neutre. C’est vrai qu’il y a encore pas mal de points à éclaircir, de tests à tomber sur des humains, mais derrière, il me semble que le lien gagne de plus en plus en profondeur, un lien entre une substance qui a des effets et des problèmes de santé, sûrement en accumulation avec d’autres facteurs.

Se profile peut-être une future remise en cause officielle de cette substance et peut-être une interdiction dans quelques années, allez savoir. Actuellement, il est tout à fait possible que les laboratoires cosmétiques manquent de données scientifiques objectives et soient en attente de données sérieuses pour agir préventivement. Toutefois, marketing ou pas, certaines marques commencent à se méfier et proposent des déodorants, chimiques certes, mais allégés en aluminium dans la composition, remplaçant ici ou là cette substance par de l’alun. Le vent commence à tourner…

Personnellement, je suis sur le chemin du bannissement total de l’aluminium dans mes déos depuis un petit moment. Etant adepte du bio et du naturel, je crois d’ailleurs que c’est l’un des premiers produits que j’ai cherché à remplacer, dans une optique d’inquiétude santé, c’est vrai. J’aime la beauté et la cosmétique mais j’aime encore plus être en bonne santé, et même si on peut rester méfiants et modérés, je n’ai plus envie de prendre de risques et j’attendrai qu’on me démontre point par point que ces substances ne risquent rien, sans conflits d’intérêt des auteurs, pour avoir confiance et les réutiliser.  Pour être très honnête, il m’arrive encore d’utiliser pendant l’été des déodorants chimiques classiques, cette étude m’a donc beaucoup secoué et m’a fait oublier ces petits soucis d’odeurs que je peux avoir avec mes déos bio…Bref, mon choix est (re)fait, faites le vôtre en toute connaissance, parce que le point le plus important, c’est ça : savoir ce qu’on fait, pourquoi on le fait et ce que ça implique. Le reste, c’est votre choix propre, personne ne peut rien dire dessus.

4. Le bio peut-il faire quelque chose pour nous ?

Mais oui, trois fois oui ! J’en parlais cet été avec la blogueuse Hello Victoire, adepte de cosmétique bio et naturelle aussi. Les déodorants, c’est l’un des points noirs de la cosmétique naturelle, je ne compte plus le nombre de produits inefficaces, ou irritants que j’ai pu tester. A part de vrais exceptions, les formules ne sont pas efficaces, pas mal de labos bio n’ont pas encore trouvé comment remplacer un ingrédient chimique agressif (à défaut de dire dangereux, on va rester neutre) et c’est agaçant de devoir faire le choix de la santé au détriment de la fraîcheur et de la beauté dès que les chaleurs reviennent ! Soyons honnêtes, si les déodorants bio étaient tous efficaces, quelque soit la saison, raisonnables au niveau prix, on n’aurait pas ce débat, et on serait déjà beaucoup plus nombreux à utiliser des produits sûrement plus sains (pour nous, pour l’environnement). Alors messieurs et mesdames des laboratoires bio, pensez à nous qui voulons une vraie alternative, proposez-nous des produits vraiment performants et qui ne font pas des trous au portefeuille !

Sinon, on peut toujours faire son déo soi-même ou chercher des solutions hors des sentiers battus : le blog Lacommunautédesdemoisailes vous donne une recette à la fin de son article, et Hello Victoire vous parle de son essai d’un déodorant solide ici !


Voilà, on arrive enfin à la fin ! Oui, c’était long, mais je crois que le sujet en valait la peine, non ? A défaut de croire dur comme fer aux conclusions de l’étude, on peut au moins réfléchir à la chose, et c’est déjà faire un pas vers une démarche cosmétique consciente, je trouve ! Maintenant, nous sommes un peu moins bêtes et peut-être que vous suivrez comme moi la suite de l’étude, car les auteurs ne veulent pas en rester là.

N’hésitez pas à ouvrir le débat en commentaire, tout en restant à l’écoute des uns et des autres. Bientôt, j’essaierai de vous faire une revue des déodorants bio qui ont vraiment été efficaces pour moi, cela vous aidera peut-être.

A bientôt dans un nouveau billet, bon week-end !

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